La semaine de la Rim à Paris: Une histoire qui ne se justifie pas
Dans les semaines, voire les mois à venir, notre pays honorera son rendez-vous annuel dans la capitale française, à l’occasion de la troisième édition de la Semaine de la Mauritanie à Paris.
À un moment aussi déterminant de l’histoire du tourisme en Mauritanie, cet événement semble revêtir une importance particulière, tant par les défis qu’il est appelé à relever que par les immenses attentes auxquelles il devrait, à tout le moins, apporter une lueur d’espoir.
Nul ne l’ignore : en 2012, le tourisme mauritanien est quasiment à l’arrêt, malgré une amélioration jugée encourageante de la situation sécuritaire nationale et des conditions de voyage, devenues plus ou moins acceptables.
Face à cette évolution positive, nombreux étaient ceux qui avaient plaidé pour une réaction des autorités en charge du tourisme, notamment à travers la mise en œuvre d’une politique de communication adaptée, susceptible de restaurer progressivement l’image du pays auprès des visiteurs étrangers.
Mais entre mai 2011 et septembre 2012, le temps a fait son œuvre et les circonstances ont considérablement évolué. La crise malienne, qui renforce les inquiétudes liées à la menace terroriste à nos frontières, les bouleversements politiques dans le monde arabo-musulman, les effets dissuasifs de la crise financière internationale ainsi que les consignes de sécurité émises par les autorités françaises ont profondément modifié la donne.
L’ensemble de ces facteurs a progressivement relégué au passé cette période où une simple stratégie de communication pouvait encore sembler suffisante pour inverser la tendance. Désormais, les obstacles auxquels se heurte le tourisme mauritanien dépassent largement la seule question de son image à l’étranger.
Il va sans dire qu’une approche prudente et réaliste commande de ne pas ignorer ces différents facteurs de dissuasion pour maintenir, sans réévaluation préalable, un événement dont l’un des objectifs affichés est précisément de relancer le tourisme, notamment dans sa dimension internationale.
Nous ne cesserons de le dire et de le répéter : dans le contexte qui est celui de la Mauritanie en 2012, la priorité du secteur touristique est loin de résider dans une simple escapade à Paris, fût-elle destinée à convaincre les autorités françaises de revoir leurs consignes de sécurité concernant notre pays.
L’enjeu est autrement plus profond. Il réside dans la nécessité d’adopter une démarche intégrée, cohérente et concertée, prenant en compte l’ensemble des paramètres qui conditionnent le développement du tourisme mauritanien : la sécurité, les infrastructures, les transports, l’accueil, la promotion du patrimoine, la qualité des services et, surtout, la capacité du pays à construire une offre touristique durable.
À mon sens, une telle démarche devrait commencer par un retour vers soi. La question fondamentale serait alors la suivante : comment, à partir de nos propres ressources, de nos réalités et de nos potentialités, pouvons-nous poser les fondements d’un tourisme mauritanien viable et durable ?
Autrement dit, avant de chercher à attirer le monde vers la Mauritanie, ne devrions-nous pas commencer par donner aux Mauritaniens eux-mêmes les moyens de découvrir leur propre pays ?
Le tourisme intérieur, ou tourisme domestique, pourrait constituer un premier levier de cette relance. En encourageant les citoyens à visiter les sites naturels, historiques et culturels de leur pays, nous contribuerions non seulement à stimuler l’activité économique locale, mais également à renforcer le sentiment d’appartenance nationale et la connaissance de notre patrimoine.
Une telle orientation permettrait aussi de soutenir les opérateurs touristiques nationaux, de maintenir certaines activités en période de faible fréquentation étrangère et de développer progressivement les compétences nécessaires à l’émergence d’une véritable industrie touristique.
Bien entendu, le tourisme intérieur ne saurait, à lui seul, résoudre toutes les difficultés du secteur. Il ne doit pas davantage être conçu comme une alternative définitive au tourisme international. Il pourrait plutôt constituer une étape stratégique, un socle sur lequel bâtir une politique touristique plus solide, moins dépendante des aléas géopolitiques et des perceptions extérieures.
Car il serait paradoxal de vouloir convaincre les étrangers de venir découvrir un pays dont les propres citoyens ne disposent pas toujours des moyens, des occasions ou des infrastructures nécessaires pour en explorer les richesses.
Le véritable défi consiste donc à construire, de l’intérieur, les conditions d’un tourisme attractif, accessible et durable. Un tourisme capable de valoriser nos paysages, nos villes historiques, nos traditions, notre diversité culturelle et l’hospitalité de nos populations, tout en créant des emplois et des opportunités économiques au bénéfice des communautés locales.
C’est à partir de cette dynamique intérieure que la promotion internationale pourrait progressivement retrouver toute sa pertinence. Car un pays qui apprend à valoriser son patrimoine auprès de ses propres citoyens se donne également les moyens de mieux le présenter au reste du monde.
Le tourisme mauritanien a-t-il donc besoin, dans l’immédiat, d’un détour par Paris ou d’un véritable retour vers soi ?
La question mérite d’être posée. Elle ne remet pas nécessairement en cause l’utilité des rencontres internationales, mais invite à réfléchir à leur place dans une stratégie nationale cohérente, fondée sur les réalités du pays et hiérarchisant ses priorités.
Avant de vendre une destination, encore faut-il savoir ce que l’on veut en faire. Avant de solliciter le regard des autres, il faut apprendre à regarder chez soi. Et avant de chercher à séduire le monde, il convient de donner à ses propres citoyens les moyens de découvrir, d’apprécier et de faire vivre les richesses de leur pays.
Pour le moment, mieux vaut donc miser sur le tourisme intérieur : non pas comme un repli sur soi, mais comme le point de départ d’une ambition touristique nationale.
C’est peut-être là que réside le véritable commencement de la relance du tourisme mauritanien.
